Jeunes en librairie, rencontre avec Florence Médina

Le vendredi 13 mars, les 3e prépa métiers du lycée de haute Auvergne ont rencontré l’autrice Florence Médina, pour un échange autour du roman 17 millimètres, qui aborde avec sensibilité la question de la grossesse adolescente et l’avortement.
Dans ce roman, Florence Médina raconte l’histoire d’une adolescente de 16 ans, confrontée à une grossesse non désirée. Le titre fait référence à la taille de l’embryon au moment où la jeune fille doit prendre une décision importante. Un choix difficile, au cœur du livre qui interroge les notions de liberté, de responsabilité et de regard des autres.
Face aux élèves, l’autrice a expliqué la genèse du texte et les recherches menées pour traiter ce sujet sensible avec justesse. « Je me suis nourrie de témoignages d’amies, d’enfants d’amies confrontées à cette décision complexe à un moment de leur vie, Mona et Liam sont inspirés de toutes ces histoires et leur histoire peut être celle de n’importe quelle fille ou garçon », a-t-elle expliqué aux élèves.
Florence Médina a également souligné que la littérature existe pour dire aux jeunes que si cela leur arrive, il n’y a rien de honteux, qu’on peut trouver des gens bienveillants pour les aider.
Florence Medina souhaitait que son livre accompagne et console.

Les élèves, qui avaient étudié le roman en amont ont pu poser de nombreuses questions à l’autrice sur son parcours, le processus d’écriture, les personnages.
Les 3e ont pu ensuite lire ou présenter à Florence Médina les lettres écrites en classe, que Mona et Liam auraient pu s’écrire, mais aussi des panneaux de slogans de prévention sur la contraception, le consentement et l’avortement.
Cette rencontre a permis d’évoquer un sujet souvent tabou dans un cadre d’échanges réfléchi et respectueux. Lire peut aussi parfois aider à comprendre les expériences humaines complexes.
Salut Liam,
Je sais que cela fait un moment qu’on ne s’est pas parlé mais j’ai traversé une épreuve dont je me remets progressivement.
Suite à notre nuit ensemble cet été, je suis tombée enceinte. Je m’en suis rendu compte en septembre et bien évidemment je ne voulais pas t’en parler pour ne pas te donner ce sentiment de malaise que j’ai eu et que j’ai encore. Je ne voulais pas te le dire pour ne pas nuire à notre relation.
J’ai essayé de me débrouiller toute seule, mais mes émotions et mes gestes me dépassaient et me faisaient faire n’importe quoi, jusqu’à regretter d’avoir fait l’amour avec toi alors que je le voulais vraiment.
J’ai réussi au final à le dire à ma meilleure amie, tu sais, Rose. Eh bien, elle m’a redonné un peu goût à la vie, ou au moins un peu de force face à ce regret d’être enceinte. J’en ai aussi parlé à ma grand-mère, une femme forte, qui a vécu des choses difficiles à l’époque où l’IVG n’était pas un droit comme aujourd’hui. Ma mamie, qui l’a vécu, a su se mettre à ma place et m’aider, et oui, elle a été de tout cœur avec moi. Puis j’ai aussi réussi à en parler à ma mère.
Rose m’a conseillé d’aller à la maison de santé pour faire les démarches pour avorter. J’ai réussi à surmonter mon stress, réussi à surmonter mon mal-être lors les rendez-vous. Car oui, ça fait peur d’être toute nue devant un gynécologue à cet âge-là, surtout pour cette raison-là… Surtout que la gynécologue qui m’a auscultée était affreuse, elle m’a fait me sentir coupable, elle n’avait aucune empathie… En tout cas, je ne souhaite à aucune femme de vivre un avortement. Enfin bref, j’ai fait ce qui pour moi était le mieux, même si parfois je pensais aux femmes qui n’arrivent pas à avoir de bébé et qui persistent, comme ma tante. Je me sentais mal de pouvoir en avoir un sans même le vouloir…
J’aurais certainement dû te parler plus tôt de tout cela… Je n’en ai pas eu le courage, j’espère que tu me pardonneras.
Je t’embrasse.
Mona
Cher Liam,
Je prends enfin le temps de t’écrire cette lettre, et je ne sais pas par où commencer. Les souvenirs de notre été ensemble me hantent encore, chaque instant partagé, chaque rire échangé. Tu es celui qui as fait battre mon cœur comme personne ne l’avait fait auparavant. Mais aujourd’hui, je me sens perdue et triste. Je dois te dire quelque chose de très important. J’ai découvert que j’étais enceinte.
A 16 ans, c’est une réalité que je ne m’attendais pas à vivre. J’ai passé des nuits à réfléchir, à pleurer et à me demander ce que cela signifiait pour nous. Mon cœur est déchiré, car je sais que ce n’est pas le meilleur des moments pour nous. Nous avons encore tant de rêves à réaliser…
Après des jours de réflexion, j’ai pris la décision de mettre fin à ma grossesse. Ce n’était pas un choix facile, mais je pense que c’est ce qu’il y a de mieux pour moi. Je veux que tu saches que cette décision ne change rien à ce que j’éprouve pour toi. J’espère que tu pourras comprendre et me pardonner de ne t’avouer ce lourd secret que maintenant.
Je t’écris cette lettre non seulement pour te faire part de ma décision mais aussi pour te dire à quel point tu comptes pour moi. Je veux que tu continues à briller et à poursuivre tes rêves. Prends soin de toi et sache que tu es toujours dans mon cœur.
Avec tout mon amour,
Mona
Chère Mona,
Je sais que ça fait longtemps, neuf mois pour être exact, depuis que j’ai reçu ta lettre, et je ne sais toujours pas comment réagir. Je suis toujours sous le choc, dépassé. Je n’arrive toujours pas à croire que cela soit arrivé. Je n’ai jamais voulu que tu traverses cela toute seule. Je suis terriblement désolé de t’avoir fait subir mon silence.
Je suis en colère, mais surtout je suis triste de ce qui s’est passé, de ne pas avoir été là pour toi, de ne pas avoir pu t’aider. Je suis démoralisé par la situation dans laquelle nous nous trouvons. J’ai été dans le déni pendant si longtemps… Je n’arrivais pas à accepter que cela soit réel. Je ne savais ni quoi penser ni quoi faire.
Je comprends que tu aies pris la décision d’avorter. A ta place, je dois avouer que je ne sais pas ce que j’aurais fait. Tu as dû être effrayée, seule et confuse…
Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais je veux que tu saches que je serai toujours là pour toi, quoi qu’il arrive.
Avec amour,
Liam
